Huang Rui Chinois, 1952
9 7/8 x 11 3/4 x 8 1/4 in
Cette installation associe un livre plongé dans l’encre noire à une
pierre solidement encordée posée sur sa surface. Les ouvrages de cette
série ont en commun d’avoir été censurés à un moment de leur histoire
(les écrits choisis de Mao, les poèmes de Verlaine, ou encore Lolita de Vladimir Nabokov), révélant que la censure traverse des contextes idéologiques distincts.
L’encre agit comme une matière d’effacement : elle obscurcit le texte
tout en le transformant en objet visuel dense, presque sculptural.
La
pierre ligaturée renvoie à une pratique japonaise dans les maisons de
thé et certains jardins, où l'on utilise symboliquement on utilise une
"pierre “barricade” ("kekkai", un terme issu du bouddhisme) souvent entourée d’une corde de
paille pour avertir les visiteurs qu’ils ne doivent pas entrer (chemin
fermé, zone réservée).
En réunissant ces éléments dans une image condensée,
Huang Rui traduit plastiquement l'idée d’interdiction, d'un espace de pensée placé hors d'atteinte : le savoir existe, mais son accès est
entravé. La matérialité de l’encre, le poids de la pierre et la
présence muette du livre composent ainsi une réflexion sur le pouvoir,
la mémoire et la fragilité de la circulation des idées. L’œuvre ne
décrit pas la censure ; elle en propose une expérience visuelle,
silencieuse et immédiate.
