Erwin Olaf Néerlandais, 1959

« J'aime être ambigu. Cela permet de raconter des histoires plus profondes et plus intéressantes. »

- Erwin Olaf

 

Célébré internationalement, le travail du photographe néerlandais Erwin Olaf est particulièrement reconnaissable au soin apporté aux mises en scène. Tout, dans ses photographies, procède d'un contrôle rigoureux. Olaf fait partie des photographes les plus sollicités au monde, cette richesse d'expérience lui vaut aujourd'hui une technicité et une maîtrise de l'image extrêmement abouties.

 

Chaque détail dans ses photographies, chaque accessoire, chaque objet placé à l'arrière-plan semble avoir été placé là pour signifier quelque chose. On pourrait passer un temps infini à spéculer sur ces images complexes qui rappellent la peinture d'Edward Hopper, ou les films de David Lynch : récits à tiroirs, narrations dont le sens est partout, le propos inépuisable.

 

Olaf est un conteur. Ses photographies ont un début, un dénouement possible, et le regard est jeté quelque part sur un moment d’incertitude, dans un entre-deux où l'action est suspendue, comme si le plus important n'était pas d'arriver à la chute mais de se trouver en présence d'une hésitation, d'un secret qui s'épaissit à mesure qu'on cherche à l'éclaircir.

 

Souvent Olaf reprend à son compte les décors et les conventions esthétiques du passé, des années 60, 50, jusqu'à l'époque baroque. Mais chez lui ces ambiances vieillies nous semblent modernes, singulièrement proches de nous. C'est qu'Olaf n'est pas un nostalgique. Il exploite le design, les coiffures, les modes vestimentaires d'autrefois, mais sa vision est résolument contemporaine.

 

Fantaisiste, aussi. Olaf fait preuve d'une bizarrerie quelquefois exubérante, d'autres fois sous-entendue, contenue dans un décorum sévère et une atmosphère de sérieux. « L'ironie est mon arme de choix », dit-il. L'artiste est passé maître dans l'art du tacite, du silence évocateur, de l'allusion à peine prononcée. Après quarante ans de carrière, il nous livre une œuvre considérable, dans une langue du non-dit profondément éloquente.

 

Erwin Olaf est né en 1959 et décède en 2023 au Pays-Bas. Il émerge sur la scène artistique internationale en 1988 avec sa série Chessmen récompensée par un premier prix au concours Young European Photographer. Consacré par de nombreuses expositions muséales à travers le monde, Olaf a célébré en 2019 ses 40 ans de carrière avec plusieurs rétrospectives majeures de son travail: au Gemeentemuseum et Fotomuseum de La Haye, au Shanghai Center of Photography, ainsi qu'au Rijksmuseum qui a fait entrer dans ses collections 500 pièces provenant des fonds d’atelier de l’artiste – tirages photographiques, vidéos, portfolios, livres – et couvrant l’ensemble de sa carrière. Il vit à Amsterdam.