Night Talks: Danysz Gallery - London

12 Avril - 1 Juillet 2021 London

Le besoin physiologique du sommeil, malgré ses variations dans le temps et l’espace, est demeuré constant à travers l’histoire. Le discours sur le sommeil quant à lui change selon les conditions culturelles ou politiques.

Danysz Gallery présente Night Talks, une exposition en ligne où les œuvres font allusion aux processus de réflexion qui peuvent avoir lieu la nuit. Des travaux de neuf artistes sont présentés conjointement pour réactiver l’imaginaire nocturne. Quand vous veillez la nuit, que voyez-vous ? Peut-être des contours de bâtiments, des visages endormis ou éveillés ? Vous êtes calme peut-être, ou agité. Il y a cette pensée récurrente, comme le souvenir du visage de quelqu’un qui occupe votre esprit (ou des fragments d’un visage se fondant dans l’arrière-plan noir, comme dans Defragmentation 5, par Vhils) — mais de manière générale la nuit est le temps des rêves ; la légèreté, les plumes qui se rapporte aux oreillers, à la douceur – comme c’est le cas dans White on White 3, par Maleonn.

 

Les objets paraissent différents ; parfois allongés, comme les maisons de David Moreno, et parfois courbes, comme dans Control C par James McNabb. Cette conception de l’insomnie comme étant productive à la fois conceptuellement et intellectuellement vient à l’encontre de la conception traditionnelle du sommeil qui se rapporte à la productivité économique du modèle capitaliste ; avec l’état de veille « le lieu de travail est partout ; le temps du travail est tout le temps. » (Blanchot)

 

Au cours de l’année passée, le regard des artistes, comme pour beaucoup d’entre nous, s’est tourné vers l’intérieur, leur champ de vision se trouvant affecté par une exposition réduite au monde extérieur. Cela est allé de pair avec une observation prolongée de leur cadre de vie. Dans son œuvre Kyoto, room 211, Erwin Olaf dépeint et exemplifie la relation entre la figure humaine et son environnement. Souvent ses compositions ne comportent qu’une seule personne. La jeune femme est étendue sur le lit, sans dormir. Son esprit occupé par une conversation intérieure, un aparté silencieux, qui suggère l’intimité. Quand le temps s’arrête la nuit, le subconscient est au devant de la scène. Son insomnie révèle une tension qui indique un conflit entre ses désirs et son champ des possibles dans un contexte social donné. Barry Dainton pointe notre conception illusoire du passage du temps, car celui-ci « se borne aux apparences ; il n’y a rien en réalité qui lui correspond. » Les sculptures de Li Hongbo nous découvrent un sens poétique d’un genre nouveau : la tête de la petite fille (Little Girl) se plie dans une contorsion irréelle. Réalisée en papier sur plusieurs heures, la nature répétitive du procédé se rapporte autant au temps qu’elle se rapporte à la technique.

 

En peignant Owl Dream, Marion Peck a établi une perspective unique sur la nuit. Il y a le lit solitaire placé dans un jardin, et il y a elle, qui rêve. Le paysage de ses fantasmes a quelque chose d’inéluctable. Ce genre de rêverie perpétuelle brouille les lignes entre le rêve et l’état de veille. L’imagerie est hallucinatoire ; rendant difficile la distinction entre le sommeil et la conscience éveillée.